Lettre ouverte : Demande de moratoire sur la fusion ABES-AMUE

LETTRE OUVERTE :
Demande de moratoire sur la fusion ABES-AMUE

A l’attention du Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, Monsieur Philippe Baptiste

Monsieur le Ministre,

Les Journées Abes qui se sont tenues à Montpellier les 28 et 29 mai 2026 ont mis en évidence, devant un large public de personnels de la documentation de l’ESR, les inquiétudes fortes suscitées par le projet de fusion entre l’Abes et l’Amue au 1er janvier 2027.

Lors de la table ronde consacrée à cette fusion, Mme Sandrine Gropp, présidente de l’ADBU (Association française des directeurs et personnels de direction des bibliothèques universitaires et de la documentation), a relayé les préoccupations de la communauté des bibliothèques de l’ESR et appelé à la vigilance au regard des enjeux organisationnels et opérationnels que comporte cette fusion. Les différentes présentations ont également mis en lumière un nombre important d’éléments non stabilisés, notamment sur les aspects de mise en œuvre et de calendrier.

Par ailleurs, une pétition appelant à un moratoire sur ce projet de fusion a réuni à ce jour plus de 1 000 signataires parmi les personnels des bibliothèques, de l’enseignement supérieur et de la recherche, et des universités.

Enfin, une enquête interne menée au mois de mai 2026 auprès des personnels de l’Abes et de l’Amue montre qu’une proportion significative d’agent·e·s des deux agences (+ 60 %) souhaite un report de la fusion, faisant également état d’un niveau d’information insuffisant sur le projet.
Au vu de ces éléments convergents, nous considérons qu’un temps de concertation supplémentaire est indispensable pour évaluer pleinement les conséquences de cette transformation sur l’ensemble des services rendus par l’Abes et l’Amue à l’écosystème de l’enseignement supérieur et de la recherche. Les perspectives d’un modèle économique reposant sur la “gratuité”, comme indiqué dans le projet de décret, soulèvent également des inquiétudes fortes, relayées récemment dans un courrier adressé au préfigurateur de la fusion par plusieurs associations professionnelles (France université, ADBU, ADSI). Quid des acteurs comme Couperin ou Cocktail ? Ce modèle associatif a permis une véritable efficacité de l’action publique grâce à des économies d’échelle considérables. Leur expérience et leur expertise, consolidées au fil des années, risquent d’être mises en péril par la fusion. 

De plus, le lancement du projet ORION porté par l’Abes constitue un point d’attention particulier. Ce projet structurant pour l’ensemble des acteurs de la documentation de l’ESR, comparable par son importance au lancement du catalogue collectif Sudoc en 1999, nécessite des conditions de stabilité, de lisibilité du paysage et de mobilisation des équipes pour garantir sa réussite. L’articulation de ce chantier majeur avec une transformation institutionnelle de cette ampleur appelle donc une attention particulière. Comment justifier d’avoir accepté à ce moment crucial, les demandes de départ du directeur et de la directrice-adjointe, dont les postes resteront vacants pendant plusieurs mois 
Enfin, les conditions actuelles ne sont pas remplies pour s’assurer que les 270 agent.es du futur établissement disposeront de perspectives claires et sécurisées en termes de conditions de travail - pas seulement à court terme, mais dans la durée, conformément aux engagements pris par Monsieur Benjamin Leperchey à Montpellier le 24 septembre 2025, selon lesquels cette fusion ne devait se traduire par aucune dégradation de situation individuelle ou collective. 
Il est regrettable que les échanges avec le préfigurateur Monsieur Simon Larger montrent que celui-ci n’a aucune prise sur les décisions budgétaires, les rémunérations, le maintien des compétences, les modalités de recrutement, le plafond d’emploi, et les résultats du dialogue de gestion. Nous déplorons que cette absence d’engagements du MESRE ne lui permette pas de répondre aux attentes légitimes des personnels, ce qui nuit au dialogue social.
Une transformation d’une telle ampleur, dans un calendrier aussi serré et dans un contexte marqué par de nombreuses incertitudes, comporte un risque réel de désorganisation structurelle à long terme. Elle produit déjà une démobilisation des équipes, une déstructuration des services et une désagrégation des expertises, par des départs massifs (retraite anticipée, mutation, etc.). Ce cocktail explosif génère une véritable souffrance au travail : plusieurs alertes relatives aux risques psycho-sociaux, individuelles et collectives, en témoignent.
Au-delà de la situation d’une agence, c’est un risque qui impacte tout l’écosystème des établissements de l’ESR, pour lesquels les services rendus à ce jour par l’Abes comme par l’Amue, sont indispensables.
Pour ces raisons, en tant qu’organisations syndicales représentatives de l’intersyndicale Abes, nous sollicitons dans les meilleurs délais une rencontre en présence avec le MESRE afin d’échanger sur les conditions dans lesquelles un report du calendrier de la fusion peut être envisagé afin de travailler de manière sereine et de garantir la continuité du service public. 

Nous demandons un moratoire sur la fusion ainsi que des garanties sur les missions. Nous demandons des moyens humains et des mesures d’urgence concernant les risques psychosociaux, ainsi que des garanties collectives sur les conditions de travail, les emplois, et l’équité dans la convergence des rémunérations des contractuel·le·s et des fonctionnaires.

Nous vous informons par ailleurs qu’un préavis de grève pourrait être déposé début septembre. 
Dans l’attente de votre retour, veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de nos salutations distinguées.

Lundi 20 juillet 2026.

Signataires :
• CFDT Education, Formation, Recherche publiques
• CGT FERC
• C.G.T. FERC SUP
• C.G.T. des Universités de Montpellier
• FSU - Fédération Syndicale Unitaire
• SNPTES-UNSA - Syndicat national des personnels titulaires et contractuels de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur, de la recherche et de la culture
• SUD Education Abes

Page publiée le jeudi 23 juillet 2026

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